{"id":19931,"date":"2023-06-15T14:30:30","date_gmt":"2023-06-15T12:30:30","guid":{"rendered":"https:\/\/stadtsprachen.de\/de\/?post_type=stsp_text&#038;p=19931"},"modified":"2023-06-17T12:32:30","modified_gmt":"2023-06-17T10:32:30","slug":"la-femme-doranienburg","status":"publish","type":"stsp_text","link":"https:\/\/stadtsprachen.de\/de\/text\/la-femme-doranienburg\/","title":{"rendered":"La femme d\u2019Oranienburg"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Encore une journ\u00e9e dehors, \u00e0 esp\u00e9rer comprendre la vie d\u2019une autre mani\u00e8re que celle de ma chambre. Ma m\u00e8re me dit toujours \u00ab Va-t\u2019en dehors, une bouff\u00e9e d\u2019air frais, \u00e7a va t\u2019sortir d\u2019ta d\u00e9pression. \u00bb J\u2019aime ma m\u00e8re, mais des fois, elle me tombe vraiment sur les nerfs. Aujourd\u2019hui, mardi, jour o\u00f9 toutes les jeunes sont dans leur classe \u00e0 s\u2019endormir sur les bureaux. Mardi, jour o\u00f9 toutes les petites vieilles restent dans leur 41\u20442, chauff\u00e9 trop froid l\u2019hiver. O\u00f9 les travailleuses se dandinent cul-serr\u00e9s dans les couloirs, mi-fi\u00e8res, mi-effray\u00e9es de leur job, leur boss. Mardi, jour o\u00f9 seules les SDFs se prom\u00e8nent dans les rues, hagardes des grandes villes, petites villes, pis moi aussi, maintenant. J\u2019avance dans l\u2019automne, \u00e0 me demander ce que je fais encore ici, entre les stations de S-Bahns, le smog, les poubelles, pis en vie, surtout. J\u2019ai souvent r\u00eav\u00e9 ne pas \u00eatre n\u00e9e. Je remonte le foulard sur mes \u00e9paules, le vent est frais. En haut, dans la station, je croise l\u2019itin\u00e9rante. Je connais pas son nom, mais je la vois presque tous les jours, me r\u00e9jouis qu\u2019elle soit encore l\u00e0, m\u00eame pieds nus, m\u00eame avec un briquet sous la cuill\u00e8re de crack, elle est l\u00e0, elle est encore en vie. Je prends la premi\u00e8re S-Bahn qui arrive, peu importe la destination. Oranienburg. 55 minutes \u00e0 se branler. Sur un banc plus loin, un manteau rouge qui ronfle. Je cherche le calme dans le duvet qui se l\u00e8ve et descend, en m\u00eame temps d\u2019\u00eatre bascul\u00e9e de droite \u00e0 gauche par le balancement du train. Mal de c\u0153ur. \u00c0 l\u2019arr\u00eat suivant, je change de wagon. Plus bond\u00e9, une famille vraisemblablement touriste se surexcite de visiter le camp de concentration. J\u2019entends la m\u00e8re lire la brochure \u00ab. .. The camp<br \/>\nOranienburg was a model for later camps. Items about it were proudly shown in the<br \/>\nweekly newsreel report, the <em>Deutsche Wochenschau<\/em>, in cinemas all over Germany&#8230; \u00bb .<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> Le tangage d\u2019un manteau sur un banc \u00e9tait moins pire finalement. Je ferme les yeux, m\u2019\u00e9tale sur le si\u00e8ge. L\u2019espoir de me perdre dans mes pens\u00e9es, qu\u2019elles prennent le dessus des palabres touristiques. L\u2019entr\u00e9e en gare me r\u00e9veille, le quai, lui, me revigore. Retrouver le froid des rues, c\u2019est retrouver la maison. La famille de touristes empress\u00e9e de prendre son bus de touristes, de pas se m\u00ealer \u00e0 la p\u00e8gre des banlieues-villages. \u00ab Was macht man hier mit so \u2018nem Mantel? \u00bb me crie-t-on de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rue, j\u2019envoie un doigt d\u2019honneur et continue d\u2019avancer. D\u00e9router au hasard, contre toutes attentes me retrouver dans les jardins d\u2019un ch\u00e2teau, des paons dans les arbres, sur les fontaines, les statues. Une tra\u00eene bleu dans les bras d\u2019une nymphe, le long du marbre blanc. Plumes caressant la pierre, la poitrine d\u00e9couverte, le creux de ses seins, le creux de mes seins. Le paon s\u2019envole, vulgaire, pour se percher dans l\u2019arbre voisin. Grogner une sensation qui n\u2019a pas eu le temps de s\u2019imprimer sur mon corps. Je profite d\u2019une ouverture dans le mur pour quitter les jardins trop riches, trop rang\u00e9s, et longe la rivi\u00e8re jusqu\u2019aux maisons abandonn\u00e9es. Je m\u2019arr\u00eate. Onze \u00e9tages de b\u00e9ton, de ferrailles rouill\u00e9es, de d\u00e9tritus. Des graffitis me saluent \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, <em>Fuck the Police<\/em> et, plus po\u00e9tique, <em>Danserez-vous avec moi sur les cendres de notre syst\u00e8me<\/em>. Quelqu\u2019une, ou quelqu\u2019un, a barr\u00e9 <em>syst\u00e8me<\/em> pour <em>cist\u00e8me<\/em>. J\u2019en ris, fais quelques pas, tours, une valse bien bourgeoise pour ironiser les d\u00e9combres. \u00ab Te cherches-tu une partenaire ? \u00bb Je sursaute. Yeux dans les yeux, ambre sur blanc, blanc peau bronz\u00e9, cheveux de batailles. Elle me prend la main, la taille, me guide. Un-deux-trois un-deux-trois un-deux-trois. Valse en <em>Dr. Martens<\/em>. Odeur de sueur et de peinture en canne, de lavande. Mon c\u0153ur qui surpasse la valse, tempo trop rapide pour retenir ma t\u00eate. \u00ab Tu veux une bi\u00e8re ? \u00bb Bou\u00e9e de sauvetage. On monte les \u00e9tages jusqu\u2019au toit. Au loin, le camp, terres min\u00e9es en friches, vestiges de prisons, de fabriques. S\u2019assoir sur un sofa d\u00e9fonc\u00e9, elle sur l\u2019accotoir, me dit \u00ab L\u00e0-bas, c\u2019est d\u2019o\u00f9-c\u2019que j\u2019viens&#8230; Pis to\u00e9 ? \u00bb \u00ab On l\u2019voit pas d\u2019icitte. J\u2019suis du downtown. \u00bb \u00ab Pis qu\u2019est c\u2019que tu fais chez nous ? \u00bb \u00ab J\u2019sais pas&#8230; Changer d\u2019air. \u00bb \u00ab T\u2019es belle. \u00bb Elle se penche sur moi, yeux ambre, manteau ouvert sur peau d\u00e9couverte, camisole de soie sous l\u2019or\u00e9e des seins, l\u00e8vres sur mon cou, m\u00e2choire, oreille. M\u2019embrasse. Elle se l\u00e8ve et \u00e9clate de rire, casse sa bouteille et hurle \u00ab Pis on est icitte, nous-autres, au beau milieu d\u2019toute vot\u2019 d\u00e9ch\u00e9ance, ostie ! \u00bb Elle me regarde. Des tessons du goulot qu\u2019elle tient encore en main, elle s\u2019\u00e9corche les l\u00e8vres, la joue. Le reste de bouteille se fracasse sur le sol, son manteau glisse dans les d\u00e9bris. Perles de sang sur le rivage de mon envie. Je chanc\u00e8le, bouche ensanglant\u00e9e qui m\u2019empoigne, l\u00e8vres contre l\u00e8vres. Tomber sur les manteaux empoussi\u00e9r\u00e9s, corps contre corps. \u00c9rection de peaux, de mamelons, de clitoris. Sa bouche d\u00e9laisse la mienne, marque sa descente d\u2019une train\u00e9e de sang. Soie caressant mes seins d\u00e9nud\u00e9s, bient\u00f4t la langue, les l\u00e8vres. Me mord de plaisirs, de silences, piercings de mamelon entre les dents. Tirailler la jouissance. Collines rougissantes de chairs. Elle contemple les entailles tatou\u00e9es de mon corps, les suit des seins le long des c\u00f4tes, de la taille. Ventre. Baisers de sang sur \u00e9tendue de peau. Retenir sa respiration. Souffle chaud sur bas-ventre, descendre encore plus bas. Descendre sur la vulve. Passer la langue sur le clitoris. Un doigt entre les l\u00e8vres. Deux doigts entre les l\u00e8vres. Salives. Liquides. Caresses clitoridiennes. Battements de corps, ne pas retenir plus longtemps. Le cri. Le sang. \u00c9jaculations.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> <span dir=\"ltr\" role=\"presentation\">Gedenkst\u00e4tte un<\/span><span dir=\"ltr\" role=\"presentation\">d Museum S<\/span><span dir=\"ltr\" role=\"presentation\">achsenhause<\/span><span dir=\"ltr\" role=\"presentation\">n<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Encore une journ\u00e9e dehors, \u00e0 esp\u00e9rer comprendre la vie d\u2019une autre mani\u00e8re que celle de ma chambre. 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