{"id":25748,"date":"2026-04-23T15:15:00","date_gmt":"2026-04-23T13:15:00","guid":{"rendered":"https:\/\/stadtsprachen.de\/en\/?post_type=stsp_text&#038;p=25748"},"modified":"2026-04-20T16:10:47","modified_gmt":"2026-04-20T14:10:47","slug":"samedi","status":"publish","type":"stsp_text","link":"https:\/\/stadtsprachen.de\/de\/text\/samedi\/","title":{"rendered":"Samedi"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tous les samedis matins, mes voisins font l\u2019amour. Je les entends du troisi\u00e8me \u00e9tage quand j\u2019arrose le bonza\u00ef de Peter, qu\u2019il a oubli\u00e9 en fuyant mon lit une place pour rejoindre l\u2019appartement de sa fianc\u00e9e. Il faut le mettre tr\u00e8s proche d\u2019une fen\u00eatre pour qu\u2019il re\u00e7oive la lumi\u00e8re, ne pas l\u2019arroser trop, il est tr\u00e8s beau&#8230; Je noie le bonza\u00ef. Peter reviendra s\u00fbrement en souriant pour venir le chercher, et puis il comprendra tout seul chez lui, qui n\u2019est pas chez lui, ce que je lui ai fait chez moi, o\u00f9 il n\u2019est pas rest\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les samedis matins, je mange des gaufres chaudes avec des grains de sucre tr\u00e8s gros \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur \u2013 j\u2019imagine que c\u2019est le go\u00fbt qu\u2019ont les matins d\u2019automne quand on a rien d\u2019autre \u00e0 faire qu\u2019enlever son pyjama et le remettre \u00e0 intervalles irr\u00e9guliers, en trainant dans l\u2019appartement sous les rayons de soleil filtr\u00e9s. Il y a une \u00e9ternit\u00e9 dans les samedis d\u2019amour. Je peux me le figurer. Comme un grain dans la p\u00e2te fondante qui s\u2019oppose \u00e0 la dent et qui dure. Il y a une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 que peine \u00e0 \u00e9galer le bonza\u00ef \u00e0 sa fen\u00eatre blanche, une gorge de lumi\u00e8re toute nouvelle, qui se d\u00e9ploie et se retire fugitivement. Mes samedis sont tr\u00e8s \u00e9rotiques, \u00e0 moi aussi. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019esp\u00e8re que mon arbre Friedrich va bien. Il l\u2019a appel\u00e9 Friedrich. Peter veut des enfants. J\u2019attends l\u2019heure de sortir dehors pour marcher sur les feuilles mortes, dans l\u2019air pur, \u00e0 travers la chaleur grise. Hier, nous sommes rest\u00e9s dans le lit, t\u00eate enfonc\u00e9e dans l\u2019ouate et tous nus. Nous avons le temps, avait dit Peter. Nous avions tout le temps du monde. Samedi commen\u00e7ait. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Samstag, le 8. K. et moi avons rendez-vous dans l\u2019herbe. Ce sont les samedis qu\u2019ont lieu ce genre de champ\u00eatreries. J\u2019ai rencontr\u00e9 K. lors d\u2019une s\u00e9ance de transcendentalisme. Je lui avais tenu la porte, on avait march\u00e9 le long du m\u00e9tro, deux stations ; en cercle, je l\u2019avais \u00e0 peine m\u00e9moris\u00e9e, en ligne, je la d\u00e9visageais avec curiosit\u00e9. L\u2019une d\u2019entre nous avait fini par proposer un parc, \u00e7a semblait couru d\u2019avance, on n\u2019allait nulle part ; il fallait un lieu propre, une heure et un jour, une raison de mettre du fard \u00e0 paupi\u00e8res bleu, de se demander ce qui allait se passer en se racontant de vieilles blagues pour tenir le coup. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est difficile de faire face \u00e0 K. Rien ne pouvait m\u2019y pr\u00e9parer moins que les images que j\u2019avais fabul\u00e9es d\u2019elle fant\u00f4matiquement. La voici qui augmente, sort de son champ, se manifeste, se d\u00e9place, me touche. Du bout des doigts d\u2019abord, puis me serre contre elle. Qui ne dit rien, qui est tr\u00e8s concr\u00e8te, tr\u00e8s \u00e9vidente maintenant, que les lampadaires dessinent dans mes yeux directement, K. les foug\u00e8res et le banc et moi, nous allons tr\u00e8s lentement, notre cours est paisible, le ruisseau coule, c\u2019est \u00e0 peine si nous nous embrassons&#8230; <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En rentrant, le bonza\u00ef de Peter n\u2019a pas tourn\u00e9 de 180\u00b0 tout seul, et il m\u2019attend comme unrire gard\u00e9 au chaud. Je suis distraite par mon propre bonheur, plus rien ne me rentre dedans (ni personne, ni Peter) \u2013 je d\u00e9cale Friedrich, le tourne minutieusement ; me d\u00e9die \u00e0 chaque mouvement que je difracte, et tous mes pores ressentent le corps de K. Quand j\u2019oublie totalement Peter, c\u2019est que je suis dans une bonne p\u00e9riode \u2013 c\u2019est que c\u2019est bon. Bon comme les odeurs de la rue apais\u00e9e \u2013 weed croissant poulet pain terre oignons beurre bougie herbe front d\u2019enfants. Naissance du cou de K. Mes propres cheveux avec l\u2019odeur de K. Celle du shampoing qu\u2019elle a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 dans la douche de la piscine \u00e0 laquelle elle est abonn\u00e9e. L\u2019odeur de l\u2019oubli des autres r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e par celle avec qui on fait l\u2019amour tr\u00e8s doucement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peter m\u2019appelle vers 18h. Il a d\u00fb taper le dernier mail de ce jour, il a pens\u00e9 \u00e0 sa bonne amie, s\u2019est dit qu\u2019on pourrait se retrouver pas loin, \u00e0 environ 50 minutes de chez moi. Moi et le bonza\u00ef Friedrich dans un sac en tissu renforc\u00e9 (parce que sa fianc\u00e9e n\u2019est pas l\u00e0, c\u2019est ce soir ou jamais), le bonza\u00ef Friedrich, sa maitresse dans le m\u00eame sac, livr\u00e9 pour vous. Je dis \u00e0 Peter : non. Je ne r\u00e9ponds pas, et quand il m\u2019a appel\u00e9 pour la troisi\u00e8me fois, de peur qu\u2019il soit d\u00e9j\u00e0 sous les fen\u00eatres, \u00e0 entamer une s\u00e9r\u00e9nade, j\u2019attends qu\u2019il raccroche et j\u2019\u00e9cris : non. Friedrich en otage, le lit refait pour rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">K. ne me l\u2019avait pas dit mais sa copine, que j\u2019ai crois\u00e9e (mes d\u00e9ductions) la fois o\u00f9 K. et moi pr\u00e9parions, apr\u00e8s une nuit presque blanche, un porridge dans la cuisine de son appartement, et qui a donc fait semblant, en ouvrant la porte d\u2019entr\u00e9e, puis en la refermant, de ne pas m\u2019avoir vue, la copine de K. n\u2019appr\u00e9ciait pas du tout que je remue des flocons d\u2019avoine en culotte sur sa plaque \u00e9lectrique. K. ne m\u2019a inform\u00e9e que bien plus tard, apr\u00e8s des jours de silence, et je n\u2019ai jamais r\u00e9pondu. Jamais. C\u2019\u00e9tait ma seule fiert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est comme \u00e7a que Peter a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 Friedrich. Il me narguait trop du bord de sa fen\u00eatre, au bord du vide, un vide qui \u00e9tait certainement devenu celui de ma vie elle-m\u00eame. Je ne ressentais rien pour Peter, pas en l\u2019honneur de Katia, qui \u00e9tait d\u00e9finitivement devenue une copie d\u2019elle-m\u00eame, en l\u2019honneur de personne ; je suppose qu\u2019il sentait cette absence aussi, son absence en moi. Il a arr\u00eat\u00e9 de me dire qu\u2019on pourrait fonder une grande famille \u00e0 chaque \u00e9jaculation, il n\u2019a pas arr\u00eat\u00e9 de me regarder avec concupiscence, je l\u2019ai, \u00e0 son tour, supprim\u00e9 de mes contacts, me suis hiss\u00e9e hors de sa vie. C\u2019\u00e9tait un samedi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tous les samedis matins, mes voisins font l\u2019amour. 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